Parti de rien, Serge glisse sur le clavier.
Les mots sont une puissance de l'esprit.

dimanche 13 octobre 2013

Mémoire - réflexions sur le coach

4.   Réflexion sur le positionnement du coach
en entreprise/organisation

            Le coach, cet homme, cette femme, qui se rend disponible pour être à l’écoute de son coaché, vit des positions bien ambivalentes, voire inconfortables dans sa pratique. Où se situe-t-il ? Comment s’intègre-t-il dans l’entreprise ? Comment est-il perçu ? Depuis les années 90 (donc au siècle dernier), le coaching a fait une entrée dans nos sociétés par l’accompagnement des dirigeants, au service de l’encadrement. Le coaching est un outil du manager, au service du management. Il permet aux responsables de se libérer des paradoxes qu’ils vivent dans leur fonction, articulant sur leurs équipes le sacro-saint duo carotte et bâton.  Cette entrée en scène du coaching est plutôt réductrice et « limitante », celle de croire que son développement ne se fait que pour mieux réussir à faire fructifier le capital. L’homme est un élément du capital. En se gardant de faire du bel angélisme, l’entreprise gagne à faire progresser son capital humain. Interne ou externe, individuel ou d’équipe, le coaching gagne ses galons ; le coach est un tiers identifié et reconnu. John Whitmore nous invite à cette réflexion sur le défi lancé aux leaders (Whitmore, 2012, p.213).
            Le positionnement du coach est donc précieux. La définition de positionnement devient éclairante pour le sujet à traiter : « image du produit vu par le consommateur ». J’aborderai donc le thème sur le coach vu par le donneur d’ordre (autre que le coaché), et le coach vu par le coaché.

4.1 Coach vu du prescripteur
            La relation tripartite. Il y a donc une première demande qui émane d’une hiérarchie, le manager, le responsable des ressources humaines, de quelqu’un qui ne sera pas celui qui vivra le coaching. Mais celui-là joue dans la relation, il est le commanditaire, le contractant, celui qui règlera la facture. Il sera toujours tenté de demander des comptes, de savoir si l’investissement est rentable car il s’agit bien d’un investissement dans du capital humain, dont le retour est attendu, voir exigé. Au coach de tenir la frontière de ce qu’il vit avec le client. C’est toute l’importance du contrat (Délivré, 2012). Nous voyons bien qu’ici, le regard que porte le client sur le positionnement du coaching dans l’entreprise est donc celui de l’affaire.
            Au cours de la formation, nous avons eu deux visions du coach par l’organisation. Une première fois par la venue de Hind Englinger, DRH, qui portait un regard critique sur le sujet. Le coaching, et par là-même le coach, est un effet de mode. C’est un peu le « jouet psychothérapeutique » pour le bien-être des cadres. Dans la présentation faite par Mme Englinger, la dernière diapositive (annexe n°4)  est le reflet du financier : « Coach : Business Partner ».  Si le coaching peut avoir une utilité dans le développement et l’amélioration des relations dans l’entreprise, il est à sa place. Cependant, il existe bien des coachs qui sont plus des « gourous » que de véritables professionnels. Hind Englinger nous porte alors son conseil, à nous les apprentis : « En tant que coach, focalisez-vous sur l'entreprise car c'est l'entreprise qui demande un coaching. Même si la tendance du coaching est sur l'individu, il faut s'intéresser au système et donc à l'entreprise. »
            Le coaching est aussi repris par les DRH comme un outil de formation vers l’encadrement pour que les coachs transmettent leurs modèles, leurs techniques pour permettre au manager d’être ou de devenir manager-coach. Mais il ne faut pas être réducteur, et de nombreuses revues axées formation, ressources humaines, traitent du coaching et préconisent son utilisation. C’est un mouvement de fond qui ne fait que débuter.
            La vision de l’un n’est pas toujours la vision de l’autre. Jean-Jacques Zunino, intervenant sur le DU et manager dans un grand groupe, ancien RH, nous a livré lui aussi son regard sur le coach. Il tente de concilier les deux  mondes, il se vit manager-coach. Il dit du coach qu’il est un révélateur, celui qui va aller chercher dans l’individu les compétences nécessaires au bon fonctionnement de la structure. En effet, le manager vit un « paradoxe permanent » et que « manager, … c’est régler un problème avec soi-même !..» Dès lors, l’image du coach est positive et l’utilisation de ses services est indéniable. Le coaching devient un outil de la performance, juste de savoir s’il n’est pas à effet mirage. Et donc de garder à l’esprit que la progression du manager qui se fait coacher doit être mesurable. Encore un paradoxe. L’entreprise, l’organisation qui utilise le coaching est mature, JJ Zunino entend par-là que l’entreprise utilisatrice du coaching pour son encadrement est une entreprise à forte culture ressource-humaine, que le coût est pris en compte et qu’il y a bien retour sur investissement par l’amélioration des compétences. Et qu’enfin, la hiérarchie doit être impliquée avant, pendant et après le coaching (annexe n°5).
            Dans la vision du coach par le prescripteur se pose aussi aujourd’hui la question : quel coach ? Pas en terme de courant de pensées, outils et école mais, et pour les grands groupes, le coach est-il interne ou externe ? En effet, la recherche permanente de la performance et la gestion de la dynamique des groupes au travail, par l’approche projet, tend à intégrer le coaching dans l’organisation. Plus de réactivité ? Plus de contrôle ou mieux de contrôle ? Alors…
            Nous avons eu le privilège d’avoir Annick Richet comme intervenante sur le sujet. Le coaching en interne est à ses yeux «une innovation managériale qui réinvente de nouvelles régulations» (Richet, 2005).
            Elle est persuadée que le coaching se développera encore aux cours des années à venir et que les deux modèles seront complémentaires. Plus précisément, le coaching interne est une réponse pour limiter les coûts engagés dans l’accompagnement des managers, des cadres, l’animation des équipes, et ce coaching interne s’inscrit et enrichit dès lors dans la politique RH de l’organisation[1].

4.2 Coach vu du coaché
            C’est lui et lui seul qui est dans la confidence de la relation. Il porte donc un regard très précis sur le coach par le fait de vivre avec lui la tenue des échanges. Quelle vision en a-t-il ? Deux approches sont à analyser, le coaché est seul demandeur du coaching, il est donc aussi le donneur d’ordre, ou bien le coaching est prescrit, et dans ce cas, il y a un intermédiaire qui ne sait pas si le consentement est validé, point que vérifiera dès le premier contact le coach. Il faut aussi savoir pourquoi le coaching est engagé : aide à la prise de poste, développement d’équipe ou personnel…
Le coaché est donc sur des registres « visuels » différents.
            Prescripteur, il choisit d’engager le coaching et choisit donc le coach. Généralement, il s’est informé en amont, a collecté des renseignements, s’est établi une cartographie. Suivant son modèle interne, il orientera son choix vers une technique plutôt qu’une autre. Il a un regard favorable sur le coaching qui lui sert pour l’aider dans sa quête d’une solution à la résolution de son problème. Seule la personnalité du coach serait un frein, et cela se mesure au premier rendez-vous.
            Quant au coaching prescrit, si le coach n’est pas le souci premier, c’est le regard sur l’entreprise et sa hiérarchie qui sera déterminant. En effet, pourquoi je dois être coaché, accompagné ? C’est qu’ils pensent (mes supérieurs) que je ne suis pas ou plus bon dans mon « job » ? Ai-je commis une faute ? Du coup, la vision sur le coach est d’abord celle de la méfiance. Méfiance dans l’objectif, méfiance dans ce qui sera « joué » dans la relation…

Le coaché va aussi, souvent, rejeter le coaching sur l’analyse tronquée de la situation qu’il fait : « si mon entreprise veut que je sois coaché, c’est que je suis mal évalué et que je vais être viré. Je suis sur un siège éjectable. Ce coach est là pour leur confirmer ». Une fois encore, c’est au coach d’être un vrai professionnel, garantissant écoute et confidentialité et plus encore.

            Et comment le coach voit le coach ? Voilà une question pertinente qui oblige à une introspection. Spécialiste de l’accompagnement, artisan de la construction humaine, le coach doit avoir une connaissance, et des organisations et de son environnement. Introduit dans l’entreprise, il en devient un acteur, direct ou indirect, et son revenu (au coach), donc son existence professionnelle est liée à son donneur d’ordre. Comment rester indépendant ? C’est ici que l’éthique et la déontologie entrent en action.  



[1] ICFFrance commission coaching interne – enquête de 2003 sur le coaching interne

Mémoire - Mission de coaching

2.   Description d’une mission de coaching
réalisée par le stagiaire

            Après l’œuvre, avec les acquis, il faut passer à la pratique. Mettre en application ce pour quoi nous l’avons fait : coacher ! Le parcours théorique fait partie de l’apprentissage mais la finalité est bien « d’y aller », de voir si nous avons ancré les choses. Se voir en situation, observer, écouter, questionner, relancer… Vivre le coaching, pas dans le bocal, pas dans l’aquarium mais tomber dans la rivière qui mène à l’océan.
            La difficulté première, au-delà de soi-même, est de trouver le coaché. Car doux euphémisme, le coaching, c’est bien une relation entre au moins deux personnes, chacun jouant, appliquant le rôle qui lui est imparti. Dans le cahier des charges de la formation au Diplôme Universitaire de Coaching de l’IAE de Bordeaux, la mise en pratique doit être faite par un minimum de trois coachings, validés par le responsable du programme, Stéphane Seiracq.
            J’ai l’avantage d’avoir à ma portée un « marché ». Je travaille dans une école d’ingénieurs, j’ai en face de moi plein de jeunes qui se questionnent et qui pourraient avoir l’envie d’être accompagnés sur un sujet qui touche leur avenir professionnel. Mais serai-je coach quand le moment sera venu ? Comment se fera la séparation entre mon rôle de responsable de la scolarité et celui du coach ? Comment réussir à ne pas être l’un au profit de l’autre ? Et comment faire savoir que je suis moi-aussi sur les bancs de l’école pour apprendre, appréhender ce métier ? Et s’ils le savent, le coaching sera-t-il recevable, quand bien même ils souhaiteraient se faire connaître ? En effet, je crois en moi, je suis « bon »… mais ils ne m’attendent pas, pas sur ce terrain. Depuis des années, je les conseille, je les écoute, je les guide, je les évalue et, de temps à autre, j’y enseigne la gestion, l’autre casquette si deux ou trois n’étaient pas suffisantes. Dans la communauté étudiante, dans le milieu que je vois vivre tous les jours, radio-couloir est bien le meilleur vecteur de communication. Ayant aussi le privilège de suivre les profils « atypiques », sportifs de haut niveau, musiciens émérites et/ou certains jeunes « hors cadre », ils ont su. Comment ? Les réseaux sociaux, je les utilise pour rester en lien avec ceux qui sont sortis, et donc visible par ceux qui sont encore là. Et alors que je ne les attendais pas, pas comme ça, ils ont poussé ma porte.

            Quelle a été ma première mission de coaching ? Elle ne fut pas interne à la structure dans laquelle je travaille. J’ai obtenu de la part d’un tiers extérieur les coordonnées de quelqu’un qui souhaitait être coaché. Après contact, nous avons fait le premier RDV, et voilà j’étais lancé, coach ! J’y suis allé sans appréhension, mais avec professionnalisme. Stéphane Seiracq a validé la mission, j’étais entré dans ce monde. Et finalement, d’autres missions sont arrivées, dont celle de Melle A. J’ai choisi de vous présenter cette mission.

...
... "Je ne livre pas les séances" 
...

           Que dois-je retenir et prendre de ce coaching engagé depuis décembre dernier ?
-       Etre coach, c’est bien ne pas être conseil,
-       Etre coach, c’est passer de l’implicite à l’explicite,
-       Etre coach, c’est être influent mais pas stratégique,
-       Etre coach, c’est donner l’espace à l’autre,
Je pourrais décliner d’autres points tant nous pouvons alimenter la relation de coaching. Dans le cadre, poser le cadre, pouvoir sortir du cadre, l’accompagnement est une responsabilité, et  suivant la position choisie pour faire un bout de chemin, je n’oublie pas que je suis le rien, le néant… « Si vous venez me voir, c’est pour vous passer de moi[1]. »




[1] Repris à J.A Elichabéhère lors de son intervention du 21 février 2013.

Mémoire - Synthèse sur les acquis de la formation

2.   Synthèse sur les acquis de la formation
et conséquence dans la vie professionnelle

            Je bascule, je pars en formation pour aller chercher les compétences, les aptitudes de ce métier. C’est l’ambition que je porte, ici et maintenant, qui me conduit sur l’autoroute A10 en direction du 35 de l’avenue Abadie, comme « tourner la page ».
Et le titre de ce chapitre joue la partition « Assimile ! ».
            Qu’avons-nous retenu de cette période qui nous a fait escalader les 4 étages, pas de l’IAE, mais les étages de notre fusée intérieure. Nous enregistrons, nous trions, nous sélectionnons et nous pouvons, nous pouvons retenir que rien n’est acquis, que tout se reconstruit à chaque rencontre, chaque intervenant… L’installation, non pas du doute, mais de l’humilité de ce métier qui se construit dans un territoire de mouvements, de sables mouvants, où la réalité est bien multiple.
Formation, acquis, conséquence ; derrière ces simples mots se cache un acte engageant. Je me suis amusé à reprendre les définitions dans un de mes ouvrages préférés, le Petit Larousse Illustré. J’ai dans ma bibliothèque une édition 1915, et celle en ligne pour ici et maintenant.
Acquis :
-       savoir, expérience (1915)
-       savoir obtenu par l’étude ou l’expérience - qui n’existe pas à la naissance (2013)
Formation :
-       action de former, de se former (1915)
-       action de donner à quelqu’un les connaissances nécessaires à l’exercice d’une activité (2013)
Conséquence :
-       conclusion tirée d’un raisonnement, d’un fait. Suite qu’une chose a, ou peut avoir (1915)
-       ce qui est produit nécessairement par quelque chose, qui en est une suite logique (2013)
Que s’est-il passé en presque un siècle ?
Un ajout complémentaire, la formation s’est vue adjoindre un « extérieur », les acquis s’associent à l’étude et la conséquence passe de raison à logique. Je suis donc parti en formation en octobre 2012 après sélection durant l’été et entretien en septembre.
Que s’est-il passé en presque un an ?
Juste 17 allers-retours sur Bordeaux soit environ 40 jours pour traiter, pour tenter la « transformance » (Buratti, 2009). Des contrôles sur tables biens ou pas biens, entre chaque rendez-vous un travail sur soi, quelques pages noircies, des arrêts d’inspiration… mais toujours le plaisir d’y être, de se sentir chez moi dans ce monde de l’autre. Se connaître pour le connaître. 
Comment est donc articulée la formation du DU de coaching de l’IAE de Bordeaux ?
Avec le recul, maintenant que la route n’est plus qu’un souvenir, je retiens :
-       pluralité,
-       entropie,
-       écoute,
-       curiosité,
-       apprentissage (commun),
-       étonnement.
En se référant au syllabus, et de façon synthétique les axes ont été :
-       le coaching, un acte contractualisé et cadré,
-       le coaching, l’émergence d’un modèle,
-       le coaching, du bocal à l’océan.
Pour appréhender tous ces axes et ouvrir nos « écoutilles », le leitmotiv était : « le coaching est pluriel, vous aurez, non pas un catalogue, mais une multitude de rencontres, d’approches et de personnalités ». 18, ils étaient dix-huit à nous éclairer ou nous noyer.
Faites le 18 !
De temps en temps le « pin-pon » était retentissant mais les secours toujours professionnels.

2.1 Le coaching, un acte contractualisé et cadré
            Derrière ce titre, je pose l’ensemble des cours qui faisait état de la construction du coaching sur le respect de procédures et processus. Le responsable de la formation, Stéphane Seiracq, a fait valider le logigramme présenté en fin de rapport (annexe n°3), adopté par la plupart des intervenants chacun avec sa vision, mais toujours dans l’axe, modèle qui sera le guide-support de notre apprentissage. Imprimé par chacun, déposé dans un coin, affiché au mur… il s’ancre en nous, colle à nos rétines.
Il découpe l’action de coaching sur les clefs fondamentales :
-       identification de la demande / analyse
-       exploration du contexte,
-       intention / contrat
-       conduite du changement
-       consolidation
-       distanciation.
            Associés à l’acte, nous y trouvons deux acteurs : le coaché et le coach. Tous les deux vont se livrer, de manière différente, mais se livrer. Le coaché en exposant sa demande, en acceptant d’apporter son problème, en identifiant son objectif, va se mettre à nu, permettre à l’autre d’entrer dans son monde et d’y découvrir un territoire sur lequel ils vont devoir cheminer. Le coach pour sa part devra devenir un « vide », ce « rien » qui sera l’écho du coaché. Mais dans le processus de coaching (annexe n°2), nous sommes bien en confrontation de deux cadres distincts : l’identité de l’un, l’identité de l’autre. Le coach doit mesurer et maitriser cette opposition pour ne pas venir imposer sa vision, agir en toute neutralité, forcément influent et conscient des limites de chacun.
L’alliance, rien ne se fera sans l’alliance !
            Toute la relation d’aide du coaching passe par le contrat. Ce terme, interprété, interprétable a très souvent fait débat au sein de la formation. C’est quoi le contrat ? Un bout de papier, réglant les relations commerciales entre les deux parties ou autre chose ? J’ai souvent déconstruit cet élément au cours des séances, focalisé sur la définition juridique du contrat, embué par ma formation de base : le contrat définit la transaction sur le plan commercial et réglementaire, et fait état des engagements des parties sur la relation engagée. Je n’avais pas vu que le contrat était aussi celui moral entre les deux parties, le contrat est la validation de l’instant présent : qu’attendez-vous de moi ? Que voulez-vous traiter ici et maintenant ? Le contrat de séance…
Jean-Christophe Buzzi nous a rappelé que le contrat c’est, derrière le règlementaire :
-       Qu’est-ce que je lui promets ?
-       Conduire d’une façon juste là où il veut aller
-       Dans la relation bilatérale, sur quoi je m’engage ?
-       Quel est le contenant ?
-       Il ne faut pas vouloir faire nous (à la place de l’autre)
-       C’est une coresponsabilité.
Mon intention dans cette partie n’est pas de développer tous les points abordés au cours des diverses séances de formation mais de faire écho de mon ressenti et de ce qui m’apparait comme devenu incontournable : processus et contrat.
Pourquoi je le fais, pour quoi je le fais et comment je le fais ?
Nous pouvons rajouter la relation d’aide, le diagnostic (ou pas), la présence, la posture, l’écoute, les fondements du métier, de ce que nous sommes venus chercher, ce que je suis venu enraciner.

2.2 Le coaching, l’émergence d’un modèle
            Le coaching a pris naissance dans les années 50 aux Etats-Unis, en se développant dans un premier temps sous les projecteurs d’Hollywood et du théâtre New-Yorkais pour ensuite trouver place dans le monde du sport. John Withmore présenta en 1992 son ouvrage sur le coaching en extrapolant les méthodes du milieu du sport de haut niveau vers celui de l’entreprise pour la « haute performance », ouvrage qui trouve sa source dans le livre de Timothy Gallwey, The Inner Game of Work.
             Au cours de la formation de l’IAE de Bordeaux, tous les intervenants nous ont énuméré leur courant, modèle, école, nous engageant à faire notre marché dans la littérature abondante sur le sujet, des auteurs récurrents tels Vincent Lenhardt, François Délivré, Olivier Devillard ou Philippe Bigot. Plusieurs ouvrages en kiosque qui traitent du coaching, de son histoire, de ces méthodes d’approches et des processus à tenir.
            Chacun adhérant à un courant de pensée comme la systémique (Wiener), le constructivisme (Bateson), ou l’analytique (Brunner). S’attachant à vouloir se positionner (ou pas), l’indépendance de chacun des intervenants était réelle. Tous, ou pour une très grande partie, nous invitaient à découvrir tous les horizons de la construction humaine et de la pensée. Comment se fabrique-t-on ? Quelle est la réalité, notre réalité ? L’inspiration psychologique est forte, je le note comme tel. J’ai fait l’acquisition d’un ouvrage (Ghiglione et Richard, 1999) pour tenter de faire mes gammes, tout du moins d’éclairer une lanterne bien terne dans cet environnement, et le travail sera encore long pour décrypter un peu plus les marqueurs de cette science. L’ouvrage en question m’a été conseillé par Virginie Coste, jeune psychologue clinicienne, diplômée de l’Université de Nanterre.
André Puppion a aidé par sa journée d’intervention à mettre des noms, à faire des connexions. Animant en début de parcours mais pas assez en amont, il a permis aussi d’ouvrir rapidement sur la vaste étendue de mon ignorance quand déjà nous avions été brassés[1] par Pierre Blanc-Sahnoun, Christophe Belud ou Jean-Pierre Korczak. A tout cela s’attachent aussi les théories des organisations, la sociologie ou les théories de la communication. Chaque jour apportant une pierre de plus à la construction de cet édifice du DU de coaching de l’IAE. Mais les pierres sont un élément qui demande un liant pour que l’œuvre soit solide : le formé.

2.3 Le coaching, du bocal à l’océan
            Confucius a dit : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson ». Combien de fois entendu ? Les murs de l’IAE doivent s’en faire encore l’écho. Ce paragraphe traite des mises en situation, de la professionnalisation de la formation. Nous avons souvent joué aux apprentis, tantôt coach, tantôt coaché, pour mettre en application les enseignements reçus. « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse et le repolissez,  Ajoutez quelques fois et souvent effacez… » (Nicolas Boileau, de l’Art Poétique - 1674)
            Du bocal à l’océan ! Et derrière, ou devant mais toujours en conscience, tenir la posture. Alors c’est quoi la posture ?  Mon Larousse préféré nous donne : « position du corps ou d’une de ces parties dans l’espace ». Est-ce suffisant pour être en position ? Juste assis, debout, sur le côté, en face, dos à dos… Ma position, mon corps. Comment la posture s’est-elle invitée dans le coaching si elle ne fait que donner une position dans l’espace ? Finalement, c’est bien plus que cela. Lors des séquences de professionnalisation, au cours de la formation, nous avons pu observer, vivre et disséquer la posture. Il ne suffisait pas d’être assis à côté, ou debout avançant dans le même couloir. La posture est une philosophie, le coaching ne prenant naissance que si le coach et le coaché avaient fait l’alliance. Seul le coaché possède les ressources, les moyens d’atteindre l’objectif qu’il s’est fixé. Le coach permet d’ouvrir cet espace, et le coaché de savoir qu’il peut avancer en toute confiance et dans le respect des engagements pris. La posture, c’est aussi la présence, être vigilant sur l’état du moment. La posture c’est la compétence attendue constituée de talents et de qualités : l’écoute, le respect, l’acceptation, la neutralité… Mais je garde celle que je juge primordiale : « je ne sais pas ». Stéphane Crabié, philosophe et coach, a donné lors de son intervention sur la posture cette phrase que j’essaie encore de faire vivre : « Abandon de donner un sens à toute chose ».
Alors du bocal à l’océan, il y a bien des ruisseaux et des rivières à descendre avant que d’atteindre l’embouchure et de se déverser dans l’océan, une goutte d’eau, un infiniment petit dans ce nouvel espace. Socrate est bavard, il sait tout sur tout… L’ironie : il n’est pas coach.
            La formation suivie durant cette année a donc joué son rôle. Elle a apporté des questions, et encore des questions. Et quand des réponses se faisaient jour, il y avait derrière d’autres questions. Est-elle entrée chez moi, et a-t-elle modifié ma vie professionnelle ? Je ne sais pas comment répondre à ces « petites questions » mais oui, assurément oui. Ce parcours de formation, cette tranche de vie a bousculé l’homme que je suis. J’ai très vite remarqué le changement qui s’opérait auprès des jeunes qui venaient précédemment chercher conseil dans mon bureau et qui aujourd’hui, comme moi, repartent avec des questions. « Je ne sais pas » est devenu central. Suis-je prêt ? En conscience, je le pense… Larousse 1915, la posture c’est le maintien. Et si étymologiquement posture vient de positura qui donne la position, maintenir c’est bien « main et tenir ». Est-ce « coachique » que de tenir la main de l’autre pour le faire avancer ? L’apprentissage du métier de coach est loin d’être achevé, Nous avons ouvert un bocal, alimenté un aquarium pour qu’au terme de la formation nous puissions plonger dans cet océan de l’accompagnement.






[1] Brassé : l’origine de ce mot est discutée, le sens donné ici est encore utilisé dans les régions et ne figure pas dans le dictionnaire. Mais étymologiquement, il viendrait de braciare dérivé de braces et non de bras - http://id.erudit.org/iderudit/1798ac

Mémoire - Synthèse d'une oeuvre sons l'angle coaching

1.   Synthèse d’une œuvre sous l’angle coaching

            La première remarque qui m’est venue à l’esprit pour écrire sur ce thème est : Comment c’est possible ?  Comment peut-on voir coach ? Un coach, sait-il lire derrière les choses ? Une œuvre, un ouvrage, un film… sont-ils demandeurs ? Est-ce alors un coaching prescrit par l’auteur sans que ce dernier le sache ? L’auteur ou l’ouvrage ?
Rien n’est simple sur le sujet proposé.
Mais chemin faisant, avançant sur le territoire du coaching, je fais des tentatives pour accéder à ce chapitre du mémoire. Je suis passé par plusieurs phases :
-       Enthousiaste : j’aime bien, c’est décalé et l’originalité, ça me connait !
-       Perplexe : c’est confus et indécis. C’est quoi au juste la demande ?
-       Dubitatif : le scepticisme me gagne. C’est n’importe quoi ! 
-       Exalté : je sais. J’ai un thème, un film. Super je vais pouvoir…
-       Bloqué : tentative vaine du premier regard coach sur l’œuvre sélectionnée.
-      
Reste que ce chapitre doit être traité et il le sera.

            Je décide de m’y consacrer et de sélectionner un film : Batman Begins[1] de Christopher Nolan. Bruce Wayne a bien des choses à exposer, des réponses à trouver, des doutes à lever. Je l’ai vu dix fois, j’adore ce film, noir et profond (pour moi)  où un homme se cherche, se construit, où la justice doit triompher du mal et la vengeance reléguée car elle est destructrice. Donc, un thème, un homme, une situation… mais par trois fois à l’attaque du sujet, rien de construit, pas d’inspiration. Je zappe de scène en scène, je reconstruis les dialogues, mais rien n’y fait. Ce ne sera pas le film de Nolan. Il est de mon monde mais pas pour le « ici et maintenant ». Alors je tourne en rond, mon cerveau est en ébullition : « qu’est-ce que je vais faire si rien ne m’inspire sur le sujet ? Pourquoi rien ne surgit ? » Pourtant, plein de choses traversent mon esprit, des images fugaces, des résonnances.
            Et si la synthèse de l’ouvrage faisait écho chez le coach ? En effet, la lecture d’un livre, la contemplation d’une œuvre d’art… sont bien en relation avec celui qui est l’acteur de l’ici et maintenant ; le coach. L’auteur n’est pas en demande de coaching, et donc si je coache « l’œuvre », je ne suis pas neutre, et encore moins vide de tout jugement. Je suis celui qui fera l’interprétation de son propre ressenti sur ce qu’il a sélectionné. C’est décidé, je plonge, je plonge sur la synthèse d’une œuvre en posture « coachique » (Blanc-Sahnoun, 2010). Ce sera un jeu d’échanges, par rebond, entre l’œuvre et moi. C’est donc bien la façon que j’ai choisie de prendre cet exercice de coaching, et en conscience, je décrète explicite une demande, qui au mieux, si tentait qu’elle le soit, est implicite.
Et loin du cinéma, c’est dans la musique que je suis allé puiser l’œuvre. J’ai choisi une chanson de Fred Blondin dont le titre est « Perso [2] » :
On en fait trop, plus qu’il n’en faut
Mais ça n’a pas la moindre importance
On dit des mots, qui ne sont pas sots
Qui n’ont pas la moindre influence

Refrain :
Mais il vaut mieux parfois se dire tout bas
Que les autres pensent tout faux
Vaut mieux être perso

On sauve les autres, on les fait nôtres 
Mais on n’a pas la moindre indulgence
On aime tout le monde, en une seconde
Sans avoir la moindre confiance

Refrain

Plutôt que d’être un héros
Sans la moindre consistance
Moi je ne crois plus un traite mot
De ce qu’on pense

Refrain

Fred Blondin, chanteur rock blues français est né en 1964 à Suresnes. Un peu « dur à cuire », amoureux de sa guitare et de musique, il devient éducateur spécialisé auprès de la DDASS. C’est en 1990 qu’il sort son 1er album, et dans la foulée, il est nommé aux Victoires de la Musique. 2ème album en 1992, plus engagé, moins « bruit », dénonçant les injustices. En 1996, un tube « elle allume les bougies » extrait de son 3ème album qui le consacre comme un futur grand. Mais Fred Blondin n’est pas un homme de strass, prêt aux concessions du star-système et du show-biz. Il disparaît et 3 ans plus tard sort sa 4ème galette « L’Amour Libre » avec tout le talent qu’on lui connait. Un album de maturité, qui parle, qui me parle. 2003, c’est le 5ème album puis plus de nouvelles. Il travaille pour les autres et ne donne que de rares concerts privés. En 2011, un album acoustique de reprises qui fait revivre ses standards et trois nouveaux titres. J’ai décidé de vous faire découvrir « Perso » tiré du 4ème album et revisité dans ce dernier opus (annexe n° 1). C’est donc ce titre, cette œuvre, que j’ai choisie de vous faire découvrir sous l’angle coaching, d’autres diraient sous l’angle coachique !
Le rendez-vous sera-t-il accepté, Fred Blondin est contacté pour obtenir son aval via un message sur sa page facebook™ que je vous livre :
« Il y a des gens comme ça que l'on aimerait revoir... Aujourd'hui, j'écris un mémoire sur le coaching et je dois regarder une œuvre par le biais du coach que je deviens. Aussi, je te demande la permission de pouvoir te "coacher" à travers PERSO. Cette chanson me parle, et j'y vois ta réponse à ton refus de crier plus fort que ces gens qui croient avoir tout compris. Loin des paillettes, les petites gens ne sont pas entendues, et toi aussi tu cries à l'intérieur, abusé des bruits des autres qui veulent avoir raison. Merci de ta réponse. Très cordialement, » Serge PICAUT.
            Je ne suis pas dupe de l’exercice, l’approche est critiquable et j’en saisis les contraintes autant que les limites. Alors qu’est ce qui m’inspire et qu’est ce qui, finalement, a guidé mon choix ? Je dis souvent que si j’avais le droit à une deuxième vie, je serai chanteur. Faut-il y voir une réponse, un élément de réponse. Je le crois. La formation au DU de coaching de l’IAE de Bordeaux, c’est aussi un travail sur soi, apprendre à se connaître, tenter de lever les ombres pour ne pas tomber dans certains pièges. Alors, j’ai pris le temps de revenir sur moi, de m’interroger, de me livrer… de me connaître. Coacher l’œuvre est bien coacher le coach ! Ayant choisi ce regard, je me fais donc l’interprète de ses paroles (et pas ces), les paroles du coach transposées dans le texte de la chanson. Et j’y applique le processus (voir annexe n°2) vu au cours de la formation.
-       Quelle est la demande ? 
ü  J’ai envie de crier mon désaccord mais à force de faire du bruit, j’ai l’impression de ne plus être entendu. Alors je me tais, ou plutôt, je me dis que…
-       Analyse de la demande (que veut-il exprimer ? Est-ce recevable ?) Je tente d’établir le lien et de cerner le besoin.
ü  En quoi, ou sur quoi êtes-vous en désaccord ? Comment vivez-vous le fait de vous taire ? Quel sens à votre démarche ? Quelles sont vos options ? Quelle est l’étape suivante ?        Et si vous aviez le droit de crier maintenant, que diriez-vous ?
Pour valider le contrat, je cherche l’agrément et la volonté de travailler sur le sujet. Une reformulation pour montrer ma compréhension, et je pousse un peu plus loin : « à travers votre chanson, vous êtes entendu par beaucoup. Comment ne pas croire que cela est votre façon de crier. » Pour l’adhésion, un tour vers Fred ou sur moi-même, pour confirmer le thème. Nous y sommes !
L’objectif sera donc : comment se faire entendre sans entrer dans le moule ?
C’est bien mais il reformule : comment se faire entendre en restant soi ?  Et là, ça me parle !

Revenir sur le sujet, synthèse d’une œuvre sous l’angle coaching. L’écriture de cette chanson répond à un sentiment de lassitude, de croire que finalement les choses ne pourront pas changer, qu’il était vain de vouloir essayer.
            Qu’attendez-vous de moi ? Lu comme le premier rendez-vous, le 1er couplet est celui de la naissance du « problème ». Rebelle, l’auteur était toujours en désaccord, il voulait un monde plus juste sur l’image qu’il se faisait de l’harmonie, de son harmonie. Empreint de vérité, de sa vérité, éduqué fermement, croyant que c’est lui qui a toujours raison (que ne l’a-t-il entendu), il est toujours contre ou voulant s’opposer, par principe. Il grandit et les épisodes violents de son parcours ont durci l’homme, enveloppé l’homme qui derrière une carapace se protège. Il donne de la voix, et sur cette voie, il sent qu’il dérange. Plusieurs lui en lui, il s’est fabriqué des masques, évoluant au fil du temps et enfin lassé de voir qu’il ne pouvait pas changer le monde (l’a-t-il cru un jour ?), il apprend à se taire en gardant son fil d’Ariane.
Le refrain est bien le bon indicateur : ils ont tout faux… Il faut aujourd’hui se quitter mais je garde la mélodie en tête. Que s’est-il passé ? Etais-je écologique ? Je m’éloigne, je suis serein, il avance. Nous allons nous revoir.
            Le 2ème couplet, le deuxième rendez-vous, est celui de l’observation du monde et des travers d’une pseudo-harmonie. Fred me semble plus nerveux. Je remarque qu’il a des marques, invisibles à l’œil mais elles sont bien apparentes, observateur des signaux. Il se lance. « Dois-je être un sauveur et si je ne le veux pas ? » L’auteur ne fait qu’emprunter les dissonances paradoxales.  « Doit-on aimer celui qu’on sauve ? Et comment accepter ses erreurs ? » Il parle sans cesse, la cadence est rapide, le propos décousu. Il voudrait aujourd’hui savoir pour qui il avance, pour quoi il avance. Il travaille mais les textes ne lui conviennent pas, il n’arrive pas à mettre les notes qui feraient l’écho de ses heurts. « L’indulgence n’existe pas. Et peut-on aimer, doit-on aimer l’autre ? » La confiance n’est pas acquise mais on te dit vite « je t’aime ». Aimer est engageant, l’amour de l’autre ne doit pas être un sentiment ordinaire et forcément immédiat. Evoluant dans l’univers de la musique, l’auteur fait un lien avec ce qui se passe dans ce milieu et le calque au monde. Je suis en écoute, toujours en écoute, il se satisfait de ne pas être coupé, respectueux de son histoire. Derrière mon silence, il me parle… Coach, je dois ne pas revenir vers moi. Je suis totalement là pour lui. Je lui propose de faire retentir deux fois le refrain, il sourit.
Le refrain est bien le bon indicateur : ils ont tout faux… C’est la fin de séance, il semble plus apaisé, je vérifie, il confirme. Il reste une séance pour qu’il attrape sa solution.
            Il arrive souriant, le regard profond, il me rassure, se rassure, le 3ème couplet fait l’écho de son désaccord profond avec tout ce que la vie lui a promis, ce que les autres lui ont promis. « Finalement, je me construis sur mon territoire, où je suis le gardien de mes frontières. » Je comprends qu’il s’accepte comme étant lui et lui seul. L’auteur ne sera pas celui que l’autre voudra lui faire jouer. Il ne se reconnait pas derrière l’habit qu’on a voulu lui faire porter. Comment avez-vous changé d’habit ? Cette question me permet de le relancer. Le héros sans consistance n’a pas d’avenir et ne sera pas le pantin de vos désirs. « J’ai compris que l’on voulait me mettre en cage, et perdre ma liberté n’était pas négociable. Je joue ma musique, je fais des concessions mais j’avance sur un territoire qui me convient. Je reste libre de faire ou de ne pas faire, dans un costume que j’ai choisi et qui me ressemble. » Au fond du bureau où se déroule le coaching il y a un miroir. Je lui propose de se lever et d’aller voir Fred. Il est joueur, il a de l’humour, il se lève. Devant le miroir, il regarde, et toujours le sourire : « c’est lui qui a raison. Il a compris, il est moi. La liberté absolue n’est pas bonne, le cadre est protecteur, il est fécond. Salut Fred ! »
Et sur le refrain, s’accorder de croire que j’ai raison, que mon harmonie ne se joue pas chez eux, mais dans un équilibre que je recherche. Nous avons atteint le point de distanciation de la relation. Nous le savions au moment même de commencer, le coaching c’est déjà savoir que la séparation est inévitable. Ne pas se rendre indispensable. Il se retourne, il me regarde. Le message est clair pour moi, l’objectif est atteint.
Sa prochaine chanson sera (ou pas) : Sans cris, entends ma colère. Je suis moi.
Je siffle une mélodie…
Mais il vaut mieux parfois se dire tout bas
Que les autres pensent tout faux
Vaut mieux être perso

Comme tout coach qui se construit, qui se forme, qui doute… je pars en supervision, c’est le terme que je mets, mais cela s’inscrit dans la relation tuteur-tutoré. J’ai déjà contacté mon tuteur qui m’a fourni des pistes sur lesquelles je suis allé. J’ai fini le travail sur l’œuvre, et si je n’avais pas ouvert la bonne porte. Non Serge, ce n’est pas toi qui ouvre la porte, au mieux tu accompagnes devant les portes et le coaché fera son choix. Alors supervision, et je vous livre avec son autorisation, le retour de Stéphane Crabié :
« Maintenant que tu as achevé cette partie, un cadeau bonus :
Si je m’en tiens à ce que tu écris, tu parais adhérer au discours de ton coaché, accroire ce qu’il profère comme une conquête ou une conviction profonde, voire qu’il énonce comme un conseil qu’il transmettrait à tous…

« Mais il vaut mieux parfois se dire tout bas Que les autres pensent tout faux Vaut mieux être perso »

Et s’il en faisait un refrain pour s’en convaincre au tout premier chef ?
            Est-ce si difficile pour Fred de se déprendre de la pensée, de l’avis des autres pour qu’il lui soit nécessaire de se le dire, se le redire ? Et pourquoi se dire quelque chose tout bas quand on se parle à soi-même, si ce n’est parce l’on se sent coupable de telles pensées ? Et s’il répétait ce refrain, comme une prière ou un mantra, comme une formule de protection ? Et si être « perso » était un pis-aller, une mesure de sauvegarde aux antipodes de sa soif originaire de fraternité, de solidarité, d’amitié ? Crois-tu que le destin solitaire auquel cela le condamne s’accueille de gaieté de cœur, se vive sans souffrance ni renoncement ?
Ou bien est-ce que sa conquête serait justement ce renoncement.
            D’ailleurs, entends-tu la déception, la douleur, la plainte, la provocation du démenti dans cette strophe ? Accessoirement, pourquoi serait-ce problématique que les autres pensent faux ? A-t-il longtemps cru que les autres détenaient la vérité ? Et pas lui ? Est-ce une telle souffrance que d’être libre mais seul et de ne pouvoir attendre de l’autre aucun secours ? A-t-il le sentiment que sa pensée l’isole des autres ?...

            S’il y avait quelque chose à travailler avec lui, ce serait certainement du côté de cette question du « pensent tout faux », qu’est-ce que ça signifie, qu’est-ce que ça ouvre, où ça s’origine ? En quoi est-ce important, qu’est-ce que ça interdit ? Où est-ce que ça blesse ? Est-ce que c’est vraiment ça qui est en jeu et qui coince avec les autres ? A quoi est-ce que ceci (…) vient faire écran (d’indicible, d’inavouable, d’intolérable) ?
            Je crois vraiment qu’il convient de conserver toujours une indépendance de vue à l’égard de celui que l’on coache, et regarder toujours au-delà. Le problème réel est généralement situé en amont de celui que nous apporte tranquillement le coaché sur un plateau. Si c’était ça le problème, en effet ! [Faisons un peu confiance au coaché, …]
            Au passage…, le problème qu’apporte le coaché est, le plus souvent, la meilleure réponse qu’il est parvenu à donner jusque-là à cette fameuse problématique en amont, et qu’il revient au coach de déceler. En fait, pour un coach (qui n’est pas censé trouver la solution à la place du coaché) l’objectif est de permettre au coaché de débusquer et d’identifier le « vrai » problème.

            La portée du texte fait bien écho en moi. Cette description et cette interprétation que j’en fais, que je me suis autorisé à écrire, se retrouve dans certains éléments de ma vie. Dans la relation de coaching, l’identité du coach et l’identité du coaché sont en parallèle et le coach doit être vigilent à ne pas transférer ses croyances, ses valeurs, dans le monde de son coaché. Toute la difficulté d’être en état de conscience de sa propre carte. Aussi, je laisse à l’appréciation de chacun l’interprétation du texte de Fred Blondin. Pour ma part, je me le suis approprié depuis longtemps et il fait partie de ma vie, il est posé en numérique sur tous mes supports médias et quand les notes de la mélodie s’associent aux mots, il y a une rencontre.
J’ai apporté une réponse à Stéphane, comme une suite probable d’un nouvel entretien avec Fred. Un 4ème rendez-vous pour vérifier :
« Et m… ! » C'est bien ce qu'il dirait le Fred.
Et si nous faisions encore une séance...
J'aimerai abandonner, et croire que je ne suis pas seul à penser juste, parce que je ne suis pas seul. Je ne suis pas abandonné dans un monde sans lien. Aujourd'hui, je me fais plaisir et si quelques fois des choses font que je suis "border", je retourne sur les fondamentaux : les relations saines, sans arrière-pensée, ma guitare, eux et moi. Le refrain est bien cela, me dire tout bas... et encore et encore. Et puis j'ai décidé d'écouter des gens qui chuchotent tout haut ou qui crient tout bas. J'ai bouclé tant de fois ce refrain pour me convaincre. Mais une rencontre a suffi à faire sauter cette bride de mes bribes de vie.
J'ai donc ouvert les oreilles, décidé de devenir moi, accepté la différence et revenir pour être en relation. Perso c'est le 4ème opus, sur le 5ème je me livre nouveau et serein, ou déchiré de relations intimes qui font mal. Mais j'ai accepté l'écoute.
Je t'invite à écouter "convaincre et non pas vaincre" dont je livre ce morceau :

Qui veut toujours avoir raison
Sur les autres et la raison?
C'est l'homme et pourtant au fond
L'homme n'est fait que de questions...

Je suis un artiste, et comme beaucoup, sensible, paradoxal mais pas versatile. J'ai compris qu'il n'y a pas de réalité commune, et que le réel ne peut pas se voir. Chacun selon ses filtres. Voir le monde par les yeux d'un géant ou d'un nain est forcément différent. Par contre voir le monde.
Alors coach, si tu veux encore une séance, elle ne servira qu'à toi. Tu m'as ouvert, enfin non, j'ai accepté de m'ouvrir parce que tu m'as permis de voir, simplement en écoutant. Mon travail se fait aujourd'hui sans toi, j'apprends qui je suis, et de temps en temps quelqu'un me rappelle... comme un "ghost writer".
Bien à nous.

Les maux s’effacent pour laisser place à autre chose qui pourrait être :
Le coach ne sait pas,
Le coach doit être le vide,
Le coaching c’est le mouvement,
Une impression est toujours vraie,
Faire confiance à son intuition,
Ne pas juger,
Laisser passer les émotions !

« Ne pas entendre l’imaginaire est une infirmité [3] »




[1] Christopher Nolan réalise le 1er volet de sa trilogie sur Batman en 2005, Batman Begins©.
[2] Julie d’Aimé pour les paroles, Calogéro pour la musique, interprète Fred Blondin – Perso  Album L’Amour Libre (1999) Editions Atletico Music
[3] Relevé le 21 février 2013 lors de l’intervention de Jean-Arnaud Elichabéhère, coach et maître de conférences à l’Université Montesquieu Bordeaux IV

Mémoire - introduction

Introduction
            « Je ne sais pas si vous tournerez la page, moi j’ai tourné la clef. »
            Il y a toujours un début, même le début de la fin. Débuter sa vie, débuter la vie…. Débuter une formation. Je me suis conduit sur ce territoire : préparer le Diplôme Universitaire de Coaching de l’Institut des Administrations et des Entreprises de Bordeaux. Je suis arrivé dans un monde que j’ai fait mien, porteur de mon ignorance et de mes envies. Plus de trente jours de résonance. Les premiers jours ont suffi pour me faire changer, pas changer, être :
-        sur les temps du passé quand je dois me relire. Si les pages noircies sont une image qui vient rapidement, les pages ne sont pas celles faites de pâte à papier mais les fibres cellulosiques sont en moi, moi qui suis le bois.
-       Sur les temps du présent, conçus comme indépendants de la durée, posés sur le « ici et maintenant ». La présence, du coach, de l’autre, des autres. Présent pour absorber ce qu’ils nous disent.
-       Sur les temps du futur alors que demain n’existe pas. Amener l’autre à se projeter, imaginer une autre histoire pour changer demain. Et quel sera mon après ? Demain doit-il être question ou avenir ?

            En posant cette ligne de temps, ce miroir sur le temps qui passe, l’homme que je suis, que je vis, vous propose un voyage au sein de son apprentissage de ce métier de coach. L’académique de la forme à accomplir par la rédaction d’un mémoire ne masque pas la forme recherchée des histoires, de mon histoire. En ouvrant sur la lecture d’une « œuvre », exercice périlleux pour tenter de calquer un modèle, un angle coaching sur une chose inerte et qui pourtant me parle, m’éclaire. C’est ensuite, et seulement, que les acquis surgiront, du cadre aux modèles, de l’expérimentation aux ancrages,  pour mesurer l’impact sur ma vie professionnelle. Si le coach se construit, se dévoile, il plonge dans la mise en pratique en vous invitant à suivre Melle A, une jeune fille pleine d’ambition qui a décidé de me choisir pour me permettre d’appliquer les théories de l’accompagnement. Compétent ou pas, conscient ou pas, mais ayant adopté cette citation de Henry David Thoreau « ne jamais laisser notre savoir prendre le dessus sur ce qui demeure important, notre ignorance. » (Thoreau, 2010). De l’action réelle du terrain, nous basculerons sur les réflexions, mes réflexions, du positionnement du coach, de son éthique et la déontologie à mettre en place ou adoptée. Alors, et seulement quand rien ne sera finalement fini, porter mon regard sur le développement de cette activité, qui conduit aujourd’hui une cohorte d’hommes et de femmes à embrasser cette profession, tenté d’y apposer ce terme quand la règlementation lui refuse celui de métier, réflexions personnelles sur ce monde.